... Je ne l'aime pas ! En fait, il y a quelques temps de cela, et je devrais même dire quelques années, pour être juste, j'avais une réflexion sur ce qui ponctuait ma vie. A l'époque, j'avais en
effet l'impression que ma vie était ponctuée par mes visites à l'aéroport. Mes départs à l'étranger en fait. Mais c'est surtout cet instant précis, où tu dois dire au revoir. L'instant où tu dois
te décider à partir, te dire que c'est le dernier bisou, le dernier regard, le dernier mot. Ta gorge qui se sert, le courage que tu prends, ou essaye de prendre. Et puis le départ, réfléchir au
temps qui vous sépare, à comment tu vas gérer ça, te dire que non, ce n'est pas possible.
A l'époque j'avais donc l'impression de vivre dans l'aéroport. Enfin surtout juste après ce moment là précisémment, parce que sinon, benh, la vie, elle continue, puis partir était un choix. Et un
très bon choix. Ma vie ailleurs m'a apporté pleins de choses. Mais c'est un autre sujet.
A l'époque donc, je repensais à tous ces au revoir avant de prendre l'avion. Je pensais aussi aux suivants qui viendraient. Je pensais à comment ils avaient influencé et changé ma vie.
Puis un jour, le dernier est arrivé. J'ai raccompagné Mr MonChéri à l'aéroport de New York après la visite qu'il était venu me rendre. Et sur le trajet du retour vers mon chez moi New Yorkais, je
me suis dit que c'était la dernière fois. Dernier au revoir, qui tout aussi difficile qu'il soit, fait presque plaisir, quand on se dit que la prochaine fois qu'on va se retrouver, ce sera
pour de bon !
Mais c'était sans compter que
Mr MonChéri et moi ne sommes vraiment pas synchrones... et je vous en ai déjà parlé.
Maintenant, mes aéroports se sont transformés en gares. Et ce n'est bien souvent plus moi qui m'en vais. Mais est-ce que cela change vraiment quelque chose ? Parce qu'au final, je finis quand même
par quitter cette gare, le coeur lourd, même si ce n'est pas moi qui vais "ailleurs".
Alors ce week-end, je me refaisais cette réflexion : ma vie en ce moment est ponctuée par les au revoir sur les quais de gare.
Des au revoir qui sont certes pour des périodes beaucoup plus courtes qu'auparavant. Les trains passant plus souvent et plus rapidement, mais surtout étant beaucoup moins chers que les avions.
Des au revoir généralement pour 2 semaines.
Mais des au revoir quand même. Un quai de gare quand même. L'un qui monte dans le train. L'autre qui reste sur le quai, à ne pas savoir quoi faire. A quoi bon attendre de voir le train partir ?
Mais pourquoi partir maintenant alors qu'il ne reste que 2 minutes à attendre ?
Je n'aime pas les au revoir sur le quai de la gare ! Je n'aime pas tenter de montrer que tout va bien, ou même juste me sentir bien, alors que 2 minutes après c'est la gorge qui se sert, les yeux
qui brûlent, le visage qui se détourne. Parce que oui, c'est que pour 2 semaines, mais c'est quand même un au revoir, et dans 2 semaines et 2 jours, il y en aura un autre qui suivra.
Le au revoir sur le quai de la gare, ce n'est pas qu'un simple au revoir.
C'est le temps qu'on passe avant, ce temps où on sait qu'il nous est justement compté.
C'est le vendredi soir où on ne sait pas bien si selon l'organisation de chacun, cela va être possible de se retrouver.
C'est ce "ne pas se retrouver" qui signifie une soirée de moins ensemble, soirée qui même si elle débute à 23h compte beaucoup lorsque le temps ensemble ne compte même pas 48h.
Le au revoir sur le quai de la gare, c'est passer du temps ensemble en sachant que demain on sera séparés. Se dire qu'il faut que tout se passe bien. Faire la tête et s'en vouloir aussi sec.
Le au revoir sur le quai de la gare, c'est avoir passé un bon week-end mais rester avec ce goût amer.
Le au revoir sur le quai de la gare, c'était la semaine dernière, me dire que je ne l'avais pas assez vu du week-end, et courir le rejoindre, sur ce quai, juste pour partager 1/2 heure ensemble,
pour 1h 1/2 de transport. Le retrouver, la gorge serrée. Marcher ensemble. Regarder ce train qui va l'emmener. Puis le voir monter. Me dire qu'il est l'heure d'y aller, moi aussi.
Le au revoir sur le quai de la gare, c'était hier à Bruxelles. Avoir passé un bon week-end mais finalement se retrouver, là, au point de départ. Prendre le train, en même temps, mais chacun dans un
sens...
Mon quai de la gare, il ne semble pas avoir de fin. Il va ponctuer ma vie encore pendant un moment. Une année, peut-être plus ?
Et aujourd'hui, je suis fatiguée de voir ce quai de gare.
C'est vous qui l'avez dit !